Voilà une histoire qui prend des proportions démesurées, de celles dont seul un pays comme les Etats-Unis semble capable de nous abreuver. Le résumé de l’histoire est d’une banalité affligeante. Omar Khan, 18 ans, est élève en dernière année du lycée de Tesoro, situé à Las Flores en Californie et régulièrement cité dans la liste annuelle de Newsweek des meilleurs lycées américains. Comme des millions d’élèves en fin de lycée, Omar Khan envisage simplement de tout mettre en œuvre pour être admis dans l’une des nombreuses universités que compte l’état de Californie. Tout, vraiment tout…
Cette envie de réussir sa scolarité à tout prix aura poussé le jeune Omar Khan à pénétrer plusieurs fois de nuit dans l’enceinte de son établissement scolaire, entre janvier et mai 2008. Et pas pour y arroser les pelouses, bien évidemment. Celui que l’on surnomme déjà “Schoolboy Hacker”, aura réussi la prouesse de se démerder pour récuperer les logins et mots de passe de certains de ses professeurs et installer un spyware sur certains ordinateurs lui permettant d’y avoir accès à distance. En gros malin, il aura transformé tous ces C, D, E et F (ouais il avait même eu un F le bougre pour s’être fait pécho en train de tricher en exam’ d’anglais, véridique!) en A. Tant qu’à tricher, soyons fou hein!? Pourtant, c’est connu Omar, quand on triche à l’école, il faut toujours laisser volontairement quelques fautes, ça endort la vigilance des profs…
Qui plus est, Omar n’est pas une pute. En altruiste qu’il semble être, il avait mis son pote Tanvir Singh dans le coup et avait même changé les notes de douze de ses potes, histoire d’être sûr que personne ne loupe son année. Moi je trouve ça franchement cool. Parce que rappelez-vous, ces enfoiré(e)s qui mettaient le coude pour s’assurer que le voisin ne copie pas. Et oui, vous n’y aviez pas pensé, mais tout l’individualisme de l’être humain moderne est en fait fomenté sur les bancs de l’école… Et tac, prends une vérité absolue dans les dents!
Malheureusment, tout ne marcha pas comme prévu.
- Vous l’aviez compris dès la lecture du titre de toute façon, mais il me fallait un transition là. -
Après avoir pourtant soigneusement postulé dans de nombreuses universités californiennes, Omar Khan sans doute dépité, essuie refus après refus. Le système étant bien fait aux Etats-Unis, lui reste donc la possibilité de faire appel de ces décisions en envoyant son academic transcript, son relevé de note, dont il doit faire la demande auprès de son propre lycée, Tesoro High School. Et là, mais franchement il aurait pu s’en douter, ce magnifique relevé de notes, orné de A de toutes parts, a bien évidemment mis la puce à l’oreille de l’administration. Une petite vérification auprès de ses professeurs aura suffit pour avoir raison de la tricherie de ce pauvre Omar. On imagine d’ailleurs l’expression courroucée du professeur d’anglais qui lui avait collé un F pour tricherie justement, et qui se retrouve avec un A sur le transcript…
En définitive, Omar Khan est profondément dans la merde, puisque pour une tricherie digne des Sous-doués, ce ne sont pas moins de 69 charges différentes qui pèsent sur les épaules de ce pauvre jeune homme de 18 ans, dont modification et vol d’enregistrements publics, cambriolage, usurpation d’identité, recel de propriétés et conspiration. Rien que ça! Il risque donc, comme annoncé en titre, 38 années de prison. Trente-huit ans, pour en définitive avoir changé ses notes de classe, ça frôle le Mach 3 de la connerie… Son camarade, Tanvir Singh, risque pour sa part également trois années de prison et peut se mordre les doigts puisqu’il avait été accepté à l’université sur la base de son dossier.
Le procès d’Omar Khan devrait commencer ce jeudi 3 juillet 2008, et celui de son camarade Tanvir Singh, le 8 juillet. On terminera avec cette pointe d’esprit typique de flic, lâchée à la presse par un des membres du département du Sheriff local: “J’imagine qu’ils voudront désormais consacrer leurs talents à étudier”. Affligeante morale…
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6 réponses pour le moment !? ↓
1 Vu Quan // juin 29, 2008 at 14:36
Hi,
Je ne crois pas qu’on puisse juger la morale ou les valeurs soi disant véhiculées 1) par l’école 2) par la pratique individualiste capitaloccidentalemoderne…
Au pire me permettrais je de sourire à la lecture de ce “fait divers”, au mieux je poserai plutôt la question de la pertinence des contenus et de la méthode de validation des acquis. Le problème ne réside pas dans la compétition, mais plutôt dans l’objectif final, non?
On parle trop peu de choix de vie dans l’éducation, et ça c’est le grand regret que j’exprime après lecture de ce post.
*
VQ
2 Loïc Rechi // juin 29, 2008 at 15:17
Vu Quan > Ta réflexion est très intéressante. Là tout de suite, je file profiter un peu de la plage. Mais, je te promets d’y revenir en rentrant, et de rebondir sur ce que tu dis, car je viens de lire un truc hier qui rejoint parfaitement ce que tu évoques. A toute à l’heure donc.
Soit dit en passant, rien n’empêche les autres de poursuivre le débat, si par hasard, quelqu’un avait quelque chose à en dire en ce beau dimanche ensoleillé…
3 oGhu // juin 29, 2008 at 17:52
Étant lycéen, j’ai des choses à dire mais je reviendrais aussi plus tard.
4 Loïc Rechi // juin 30, 2008 at 13:53
Vu Quan > Donc désolé pour cette promesse non-tenue. Enfin tenue à retardement disons…
Je ne crois avoir réellement émis de jugement dans cet article, si ce n’est à la dernière ligne… mais là, cette phrase moraliste typique, je ne pouvais pas m’en empêcher…
Quand je parle de ces enfoirés qui mettent les coudes, ce n’est bien évidemment pas à prendre au premier degré quoique j’ai toujours trouvé cette pratique profondément mesquine et très révélatrice d’un certain état esprit. Gardons-nous toutefois de mettre les gens dans des cases uniquement en raison de certains comportements. Je te rejoins donc sur ton premier point, Vu Quan, ne jugeons pas.
Ensuite concernant ton second point, je ne peux que te rejoindre sur cette éternelle question de la pertinence des contenus et plus encore de la validation des acquis. En fait c’est curieux, car je lisais il y a deux jours dans un bouquin assez connu je crois, dénommé Freakonomics (que je ne conseille qu’à moitié, ça se lit très bien, c’est très intéressant, mais ça manque de mise en perspective je trouve si l’on compare avec The Tipping Point de Malcom Gladwell par exemple…) où les auteurs démontrent à travers l’exemple de politiques d’éducation mise en place aux Etats-Unis, que l’esprit de compétition et l’attente de résultats pousse en fait très largement à la tricherie, ce qui n’est pas surprenant si l’on y pense logiquement, mais c’est ici statistiquement démontré, ce qui a évidemment plus de poids.
Par contre, et je finirai là-dessus, je trouve dommage que tu exprimes ce regret à la lecture de ce billet, car après m’être posé la question, c’est bien par choix que je n’ai pas introduit cette dimension, malgré ce que j’avais pu lire la veille et qui cadrait pourtant parfaitement, ou ne serait-ce qu’effleurer la question de la pression parentale qui, à mon sens, a largement sa place dans le phénomène de la tricherie, et de cette envie e vouloir réussir coûte que coûte à l’école.
Tout ne doit pas être dit dans le billet à mon sens. Les commentaires servent à ça également. Ton intervention le démontre!
5 oGhu // juin 30, 2008 at 16:09
Ba ouais. Les notes telles qu’elles sont présentées ne servent pas à grand chose et les contrôles qu’on nous propose ne montrent absolument pas si on a compris ou si on a appris un élément, un savoir. J’ai plus l’impression que les contrôles sont là par héritage. Je veux dire, quel est l’intérêt d’annoncer un devoir de Français noté sur 20 alors que personne ne pourra obtenir plus de 16? Quels sont les critères qu’on va rechercher dans une telle évaluation? Y-en a-t-il vraiment?
De mon point de vue, je dirais qu’en général, les professeurs (collèges, lycées) définissent plutôt lors de la notation l’image qu’ils se sont faite d’un élève (l’excellent élève qui, semble-t-il, travaille chez lui, le bon élève qui est attentif, et qui a l’air de comprendre,
le mauvais élève qui, pourtant, semble s’acharner au travail, c’est une victime, et le mauvais élève qui ne veut rien apprendre et qu’on aura convaincu de ses faiblesses dès ses débuts à l’école).
Si dans certaines matières (français, philo, histoire, langues) les notes sont très subjectives et dépendront de toute façon du style du devoir, d’autres semblent plus objectives (maths, physique, chimie, SVT). On notera alors en effet les compétences assimilées et rien d’autre.
Tout ça pour dire quoi? La compétitivité à l’école est bien réelle, même si les niveaux sont déterminés à l’avance (le bon élève, le mauvais élève…) et si on prenait exemple sur la Finlande ou d’autres systèmes qui arrivent à concilier bien-être de chacun au profit des résultats, peut-être que l’éducation évoluerait enfin dans le bon sens.
6 Loïc Rechi // juil 1, 2008 at 15:58
Et tu verras mon cher oGhu, que tu fasses une fac ou une école ou quoique ce soit, que le système reste globalement le même, quoique la possibilité d’identifier les élèves pour un professeur étant toujours plus basse, le nombre d’élèves à sa charge augmentant…
Le système de notation aura toujours ses défauts mais je ne crois pas qu’on puisse le supprimer non plus.
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