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L’EVENEMENT DE LA TOUNGOUSKA RESTE UN BORDEL DIFFICILE A EXPLIQUER

juillet 27th, 2009 · 17 Commentaires · Science

Pas besoin d’avoir inventé l’imprimerie pour savoir que l’être humain, cet individu friand d’artifices lui rendant la vie moins chiante, fait preuve d’une affection toute particulière pour ce qui est de casser les couilles à son prochain en n’étant jamais d’accord avec lui. Si on élève cette théorie à la puissance ultime, on obtient le scientifique, bougre suprême à l’heure de jouer au jeu du « je suis pas du tout d’accord avec ce que raconte mon confrère« . Alors quand il s’agit de l’événement de la Toungouska, considéré comme la plus grosse explosion connue de l’ère humaine due à la rencontre d’un objet céleste avec la Terre, l’ensemble atteint évidemment des niveaux de n’importe quoi depuis cent ans déjà. Pourtant, il semblerait qu’un Britannique soit enfin parvenu à l’explication ultime. Tentons d’y croire.

L’Enfer sur terre

L’événement de la Toungouska, c’est l’histoire d’un objet lumineux doté d’une longue queue de feu qui déchire littéralement le ciel de la Sibérie centrale le matin du 30 juin 1908. Rapidement le son succède à la lumière et toute une série d’explosions retentissent alors. Certains éminents chercheurs sur la question estiment ainsi sa puissance à peut-être des milliers de fois plus forte que celle de la bombe atomique lâchée au dessus Hiroshima un jour d’août 1945. S’en suit une véritable apocalypse. Soixante millions d’arbres sont arrachés du sol et brûlent dans un brasier infernal. Les incendies durent plusieurs semaines et sont d’une telle vigueur que la colonne de fumée et de flammes est visible à des centaines de kilomètres à la ronde. Certains témoignages d’habitants vivant à moins de vingt kilomètres de l’épicentre de Toungouska relatent des histoires de centaines de rennes et de chiens brûlés vifs ou de campements de colonies de nomades réduits à l’état de cendres. Objectivement, l’Enfer sur Terre.

Si le phénomène reste l’un des plus étudiés du vingtième siècle, il n’en constitue pas moins un des plus mystérieux puisque qu’à ce jour, personne n’est à même de donner une explication valable et rationnellement admise par l’ensemble de la communauté scientifique. C’est tout d’abord l’absence de fragments au sol qui pose particulièrement problème dans la quête d’explication. L’onde de choc fit deux fois le tour du globe terrestre et fut enregistrée par pratiquement tous les observatoires géophysiques de l’époque. Les secousses du sol atteignirent Tbilissi en Géorgie et même Iéna en Allemagne, toutes deux distantes de plusieurs milliers de kilomètres. Les baromètres des stations météorologiques de Cambridge et de Petersfield enregistrèrent un saut de tension atmosphérique, rapidement suivi par une tempête magnétique de plusieurs heures, consécutive aux explosions et comparable à celles suivant les explosions nucléaires en altitude. Pendant plusieurs jours, la Sibérie et le reste de l’Europe vécurent ainsi d’étranges nuits blanches peuplées de nuages argentés caractéristiques à l’intensité si puissante qu’il en était possible de lire tranquillement son journal dans la rue.

Le bal des hypothèses plus ou moins foireuses

A partir des années 20, les expéditions scientifiques russes et internationales se succèdent pour essayer de comprendre ce qui a pu se passer au fin fond de la Sibérie. Les opinions se succèdent et certains chercheurs concernés estiment que la masse du corps volant atteignait entre cent mille et un million de tonnes rendant peu probable la thèse de la météorite, puisque que selon quelques principes d’ordre physique, elle aurait alors laissé un cratère d’une profondeur de cinq cent mètres au point d’impact. Or aucune expédition ne se montra capable de trouver un tel trou, ni même aucun autre trou vraiment conséquent d’ailleurs. Après la seconde guerre mondiale, en raison des tensions entrainées par la guerre froide – qui a la plus grosse bite, tout ça – assez peu d’expéditions sont organisées. Pour autant les résultats, eux, sont loin d’être infructueux puisqu’on découvre une grande quantité de petites sphères d’une matière agglomérée, semblables à celles découvertes à la suite des explosions nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki. Les descendants des animaux exposés à la catastrophe de la Toungouska présentent ainsi des signes de dégénérescence dus à de nombreuses mutations qui auraient pu être provoquées par des radiations d’origine nucléaire. Question explication par contre, c’est pas encore ça.

Comme toujours dans ce type d’histoire, la théorie du vaisseau extraterrestre qui aurait explosé en vol au dessus de la Sibérie se taille la part belle et en 1960, une expédition spéciale dans la région de la Podkamennaïa Toungouska est même organisée à l’initiative d’un académicien russe, Sergueï Korolev, dans l’espoir de retrouver des fragments de soucoupe volante. Sans succès bien entendu. En fait, il faut attendre les années 70 pour commencer à obtenir un début d’explication un tant soit peu crédible. En 1973, Al Jackson, et Mike Ryan émettent l’hypothèse que le phénomène soit la conséquence d’un mini trou noir qui aurait pénétré la Terre au niveau de Toungouska et serait ressorti, une douzaine de minutes plus tard dans l’Atlantique Nord. Puis c’est au tour d’Anthony Lawton d’évoquer une boule de foudre d’un kilomètre de diamètre en 1977, avant qu’une étude américaine en 1993 avance qu’il s’agirait plutôt d’un petit noyau cométaire, essentiellement composés de gaz gelés qui aurait fondu et explosé entre six et neuf kilomètres d’altitude, le reste de la matière se dispersant en une pluie de sphérules. On n’oubliera bien entendu pas de mentionner la version des dix millions de tonnes de méthanes qui se seraient échappés de conduits volcaniques et embrasés (Wolfgang Kundt, 2001) ou encore la version de l’astéroïde de matière miroir et donc invisible qui aurait explosé en altitude (Robert Foot, 2002).

Et si c’était une comète?

En fait, la version de la comète émise pour la première fois par le Russe Leonid Koulik, et développée ensuite par Vassili Fessenkov semble la version trouvant le plus grand consensus au sein de la communauté scientifique. Selon quelques principes dépassant la brêle en matière de physique que j’ai toujours été, une immense météorite de fer ou de roche n’aurait jamais pu se pulvériser entièrement. Une masse « meuble » par contre, à l’image d’une comète composée de cristaux de glace, des poussières de fer et de matières siliceuses – les études effectuées par les sondes Vega sur le noyau de la comète de Halley ont  notamment montré qu’il était précisément de même nature –  pourrait bien être à l’origine de l’événement de la Toungouska. L’hypothèse de la comète permet justement d’expliquer de nombreux effets du phénomène de la Toungouska. Le brusque obscurcissement de l’atmosphère terrestre conséquent la pulvérisation du noyau de la comète, la luminescence du ciel nocturne à la suite de la pénétration de poussières de la queue de la comète dans les couches supérieures de l’atmosphère ainsi que l’absence de cratères et de fragments d’une « météorite » confortent ainsi cette idée.

Début juillet 2009, le britannique Michael Kelley, scientifique spécialisé dans l’observation de l’atmosphère à l’Université de Cornell amène sa pierre à l’édifice en remarquant un lien potentiel entre l’événement de la Toungouska et le décollage des navettes spatiales qui tendrait à expliquer le phénomène des nuits très lumineuses qui ont suivi l’explosion sibérienne et conforterait encore l’hypothèse de la comète. Les nuages argentés caractéristiques éclairant inhabituellement le ciel, comme dans le cas des nuits ayant suivi l’événement de Toungouska, ne se forment en fait que dans les ciels froids et très hauts à la limite de l’espace et de l’atmosphère, lorsque la vapeur d’eau se condense autour de particules de poussière et gèle pour devenir de minuscules cristaux de glace. Kelley a ainsi pu observer ces nuages singuliers pour la première fois en Alaska  après le lancement en Floride de la navette Endeavour en août 2007, et a depuis eu l’occasion d’observer de nouveau plusieurs nuages similaires dans les jours suivant le lancement d’autres navettes. Dans le cas de Toungouska, Kelley suppose qu’en arrivant, la comète aurait perdu sa couche de glace à une attitude similaire, relâchant des quantités similaires de vapeur d’eau, créant les fameux nuages en retour.

Cool l’explication de la comète mais alors…

Pour autant, si l’explication de Kelley lève le voile sur un élément supplémentaire du mystère, les inconnues restent encore légion. Tout d’abord Kelley reconnait lui-même qu’il est incapable d’expliquer comment un nuage de vapeur se déplace de la Floride à l’Alaska en un jour et demi. Et puis surtout, si l’explication de la comète a beau satisfaire une partie des questions, elle n’explique en rien la raison de l’importante anomalie magnétique ayant touché la région de la catastrophe. Les anomalies d’ordre biologique ne sont pas non plus encore entièrement expliquées. Impossible par exemple de justifier la fréquence de mutations élevée des pins ou encore la croissance accélérée des arbres dans les secteurs touchés par l’explosion. Si j’étais un pauvre gars, je serais tenté de dire que la vérité est ailleurs. Là, on se contentera juste de remarquer que les scientifiques ont encore de quoi se taper sur la gueule. On s’en réjouit pour eux.

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17 réponses pour le moment !? ↓

  • 1 Epicara // juil 28, 2009 at 2:45

    J’aime ton blog.
    Tu m’as fait rêver avec ton article…

  • 2 H // juil 28, 2009 at 9:44

    intéressant !

  • 3 Julien // juil 28, 2009 at 9:54

    Des cristaux de glace dans le ciel, c’est encore un coup de l’ESF et de David Douillet ça.

  • 4 Arnaud // juil 28, 2009 at 9:59

    Super, à quand le film ?

  • 5 BlackMass // juil 28, 2009 at 10:58

    y’a deja la chanson, par le groupe de Black Progressif Ansur, dispo sur l’album Warring Factions

    et ouais, je touche des kopeks sur chaque vente

    sinon, franchement, c’est des yaks les mecs qui vivent la bas, alors bas les noisettes

    mais le coup de l’extra terrestere qui pète dans le trou noir de la comète a Marcel Cerdan, je dis Benco les potos

  • 6 clementcollier // juil 28, 2009 at 11:39

    Ou comment les Ricains ont trouvé une nouvelle arme terrible, engendré par la nature, difficile a contrôler. Tellement horrible, que personne ne peut en parler.
    Bon ok, je sors… Il ne devaient pas avoir les moyens technologiques a l’époque.
    Mais j’avoue que ça serait la solution qui me conviendrait le mieux. Ce qui ne peut pas être expliqué le serait.

    Enfin, plus sérieusement, c’est assez flippant, surtout que c’est toujours dans les même régions que ça se passe ce genre d’événement.
    Au moins, ya des types qui peuvent vivre grâce a ça avec leurs recherches…

  • 7 Loïc H. Rechi // juil 28, 2009 at 13:35

    Epicara > Thanks!

    H > cool.

    Julien > A tous les coups…

    Arnaud > C’est la grosse interrogation.

    BlackMass > En fait, je devrais reprendre pour tes commentaires un par un, en extraire les références et commencer une petite anthologie du Black Métal.

    clementcollier > Ouais effectivement la Chine et la Russie, et dans une moindre mesure les Etats-Unis, décrochent toujours le pompom en la matière. Cela dit, l’immensité de leurs territoires respectifs joue en ce sens.

  • 8 BlackMass // juil 28, 2009 at 13:49

    mais fais donc fiston

    j’attends ton article sur les dérives du BM avec impatience (pour te mettre l’eau a la bouche, y’a des meurtres, des meurtres de gay, des incendies d’églises, des veines coupees, des suicides a la pelle avec photos a l’appui, j’en passe et des couleuvres…)

    sujet ultra documente, ce serait d’utilité publique pour les pignoufs a boutons de manchettes qui squatterisent ton site (ils ont bien raison en meme temps, il est cool ton site… mais -1 pour les boutons de manchettes, trop craignos quand tu dois te torcher le fion)

  • 9 MAtt // juil 28, 2009 at 14:05

    Il me semble que tu as oublié l’hypothèse fumeuse selon laquelle une expérience de Nicolas Tesla (à ce moment aux USA) serait responsable de ce truc.

    Entre ça et le trou que les soviétiques ont fait eux mêmes malencontreusement et qui brûle depuis 35 ans…

    Et la vérité est ailleurs oui, ça n’est pas pour rien que Mulder est allé enquêter là-bas dans un épisode!

  • 10 Raoul_Duke // juil 28, 2009 at 23:16

    MAYHEM !

  • 11 malouito // juil 29, 2009 at 1:04

    C’est les 24h de TV qui t’ont inspirées cette article ?

  • 12 L'opossum // juil 29, 2009 at 1:21

    Depuis le temps que je visite ce site,enfin un article qui me pousse a « lachez mon com’z olol »

    Merci loic,pour ces articles toujours plus géniaux les un que les autres,tu depotes gars!

  • 13 Carnasse // juil 29, 2009 at 3:43

    Au début du paragraphe 4 tu dis deux fois « succèdent ».

    « [...se succèdent pour essayer de comprendre ce qui a pu se passer au fin fond de la Sibérie. Les opinions se succèdent...] « 

    Sinon c’est bien.

  • 14 Neko // juil 29, 2009 at 13:54

    Moi je dis que les répétitions c’est pas grave…

    Moi je dis que les répétitions c’est pas grave…

    Ca m’étonne que Roland Emmerich nous ait pas encore pondu une grosse merdasse sur pellicule qui parle de ça… Bon, avant il doit sortir son film sur 2012, il y a des priorités…

  • 15 Teng // juil 30, 2009 at 17:49

    Il est bien l’article mais savoir ce qui a provoqué cela, on s’en fout c’est pas chez nous.

  • 16 VQ // juil 31, 2009 at 23:40

    Y’a déjà eu ça:
    http://www.imdb.com/title/tt0751251/
    X Files saison 4 ep8, 1996.

  • 17 Sano // août 3, 2009 at 19:12

    AHAHAHAHAHAH

    http://www.techno-science.net/?onglet=news&news=4261

    En fait j’y crois pas vraiment….. :)

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