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AU VENEZUELA FACEBOOK EST DEVENU L’ARME ULTIME DES ESCROCS ET DE LA POLICE

novembre 20th, 2009 · 7 Commentaires · Politique

le_kidnapped

Soyons honnête, entre les boulets qui surgissent de notre passé pour nous mettre le grappin dessus, les psychopathes qui assassinent leurs exs parce qu’elles ont eu le malheur d’opter pour le statut single, ou les inconnues sorties de nulle part, que l’on a un jour ajoutées parce qu’elles avaient l’air bonnes sur leur profile picture, on pensait que Facebook avait démontré tout l’étendue de son potentiel. Et puis non, il a fallu que des crétins viennent nous emmerder avec des chaines de photos pathétiques du genre « my best friends en tête de cartoon », que des développeurs nous pourrissent avec des quizz merdiques et bourrés de fautes d’orthographe, et que des branleurs nous invitent à devenir fan d’eux-mêmes et de leur prétendu talent de photographe, tout ça parce que leur grue a eu le malheur de leur offrir un reflex Canon pour Noël. Heureusement au Venezuela, les mecs sont bien plus inventifs que ça. Pour eux, Facebook, c’est avant tout l’outil idéal pour préparer des cambriolages ou mieux encore fliquer les dissidents.

Cambriolage numérique

La police vénézuélienne révélait dernièrement d’avoir arrêté deux étudiants de l’université privée de Caracas qui multipliaient les cambriolages auprès de certains de leurs amis virtuels sur Facebook. Selon un processus simplissime, les deux lascars ajoutaient d’autres étudiants qu’ils ne connaissaient pas forcément personnellement et traquaient alors les moindres détails les concernant, à savoir l’endroit où ceux-ci vivaient, les objets qu’ils possédaient, et les moments où ils étaient les plus à même de ne pas être chez eux.  En tandem avec un autre couple de voleurs, une fois la proie choisie, ne restait alors qu’à scruter  les mouvements du reste de la famille, étudier les systèmes de sécurité des résidences et les allers-venues de ses occupants, avant de finalement de passer à l’acte au moment jugé opportun.

Si cette méthode de cambriolage – pour le moins très deuxpointzéro – a de quoi surprendre, les analystes vénézuéliens en matière de sécurité soulignent que le phénomène ne traduit que l’augmentation fréquente de l’utilisation crapuleuse des réseaux sociaux. Facebook, mais aussi Twitter ou même le préhistorique Hi5 constituent en fait un vivier d’informations inépuisables à l’heure d’opérer magouilles, cambriolages, et autres kidnappings – une pratique devenue sport national au Venezuela. A en croire Roberto Briceño Leon, sociologue et  directeur de l’Observatoire Vénézuélien de la Violence, les kidnappeurs ont toujours été capables de faire preuve d’une patience remarquable, passant plusieurs mois à épier une victime potentielle dans l’attente du bon moment pour procéder au délit. En ce sens, passer plusieurs mois à checker quotidiennement les comptes de leur proie, comprendre ses mouvements et déterminer l’instant idéal ne constitue qu’une corde de plus à leur arc, et rend objectivement la chose encore un peu plus facile. Leon souligne d’ailleurs qu’une innocente photo de sa baraque postée par un utilisateur peut en fait se révéler être une source non-négligeable d’informations concernant par exemple l’emplacement du système de sécurité d’une maison ou d’un coffre-fort.

Venezuela et Salvador, même combat

Vu de notre pays de baltringues, cette histoire de cambriolages et kidnapping via Facebook a bien évidemment de quoi surprendre. Pourtant, si l’on sait via le prisme médiatique français que des pays comme le Mexique ou la Colombie ont une réputation tendue en matière de criminalité et de risque de kidnapping – d’autant plus quand on est blindé de maille – le Venezuela est loin d’être en reste. A en croire les chiffres de l’Observatoire Vénézuelien de la Violence – et à défaut de chiffres officiels crédibles – les actes violents ont été mutliplié par trois depuis l’avènement d’Hugo Chavez au pouvoir. Pour l’année 2009 Roberto Leon estime que le pays totalisera environ 20 000 assassinats et que rien que pour l’année 2008, ce ne sont pas moins de 8 à 9 000 enlèvements qui se sont produits, un chiffre hallucinant en comparaison de 554 enlèvements officiellement recensés, une réalité s’expliquant très largement par la volonté des familles de ne pas avoir recours aux forces de l’ordre pour régler le problème. En vertu de ces chiffres, on peut donc estimer qu’un pèlerin crève à peu près violemment toutes les dix minutes au Venezuela, faisant de ce pays le deuxième plus violent juste derrière Le Salvador, pour sa part totalement miné par les Maras qui foutent le pays à feu à sang.

Ne facebooke pas, ne twitte pas et pense à fermer ta gueule

Si la police vénézuélienne se vante de sa modernité et se félicite d’utiliser Facebook pour rétablir l’ordre et la justice, nombre d’opposants au régime politique craignent en fait que cette annonce traduise une volonté politique de resserrer l’étau autour des réseaux sociaux. La mésaventure Carlos Graffe, un étudiant de la ville de Valencia, située à une centaine de kilomètres de la capitale résume assez bien le risque. Arrêté au motif d’incitation à la violence, suite à une marche de protestation contre le gouvernement en mars dernier, celui-ci tombe des nues en apprenant avoir été confondu par une photo postée sur Facebook. Or le travail de son avocat, aidé par un certain nombre d’images télévisées montrant des protestants démantelant des barrières policières, permirent de montrer que la personne sur la photo Facebook n’était pas lui, mais son cousin, un dénommé Carlos Graffe – pas de chance, ces deux cons avaient donc le même nom.

Cette histoire rocambolesque illustre pourtant parfaitement la crainte fondée des opposants à Chavez – connu pour ne pas être le gars le plus tolérant en matière de dissidence et d’opposition politique – que les crimes commis à l’aide de Facebook deviennent en fait l’excuse parfaite pour mettre en place un filtre qui permettra aux autorités d’avoir accès à tous les comptes du pays. Or, quand on connaît la puissance et la vitesse, certes pas absolues mais tout de même non négligeables, permises par un Facebook ou un Twitter à l’heure de l’organisation de manifestation et de marches de protestation, comme l’ont montré les exemples moldaves et iraniens, on comprend un peu mieux l’intérêt subit du gouvernement vénézuélien pour ces outils sociaux. La volonté du gouvernement de faire passer tout le trafic Internet du Venezuela via les serveurs de CanTV, l’opérateur national des télécommunications dans l’objectif de fliquer les internautes récalcitrants à la politique nationale, suscite à raison les craintes du ravivement d’une politique totalitaire et permettrait notamment un blocage intégral des sites de réseaux sociaux en cas de protestations, qui ne serait pas sans rappeler l’initiative du régime iranien au cours de la révolution de l’été dernier. Drame de l’histoire, Jose ou Antonio, heureux petits bourgeois propriétaires d’un Reflex, paieront ainsi l’affront de ces aspirants à un pays plus libertaire et égalitaire, et n’auront la possibilité de vérifier si un tocard aura enfin daigné devenir leur cinquantième fan sur facebook. Qu’on se le dise, le XXIe siècle sera celui des révolutions numériques. Ou ne sera pas.

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7 réponses pour le moment !? ↓

  • 1 oGhu // nov 21, 2009 at 16:18

    Vraiment passionnant. Et pourtant pas si étonnant.

  • 2 Blood // nov 21, 2009 at 20:48

    Mais où nous emmenera Facebook ? Séries télé soon ?

    Article sympa, manque un peu de trash et d’humour, mais ca reste du bon journalisme décalé :)

  • 3 Loïc H. Rechi // nov 23, 2009 at 1:03

    oGhu > Ah les nouvelles technologies, c’est dingue hein!

    Blood > Merci bien (mais je ne suis pas une machine à trash ou comique en permanence…)

  • 4 MLB // nov 23, 2009 at 12:25

    @Blood pas de série télé prévue pour le moment, par contre Bryan Singer réalise un film actuellement.

    Sinon, merci Monsieur Rechi pour ce chouette article (comme d’hab, j’ai envie de dire)

  • 5 Stoby // nov 23, 2009 at 21:45

    « … Abstrait ≠ Concret est sur Facebook ;
    Abstrait ≠ Concret à 2 493 fans ;
    Abstrait ≠ Concret est écris par Loïc H Rechi ;
    Loïc H Rechi à 987 amis ;
    Il peut être potentiellement espionné et kidnappé par une de ces 987 personnes ;
    Loïc H Rechi est kidnappé, plus aucun article sur Abstrait ≠ Concret ;
    Les 2493 fans d’Abstrait ≠ Concret et les 987 moins une personne, sont sous le choc, et donne leur vie pour retrouver Loïc H Rechi… »

    On peut vendre le script a TF1, et on l’a notre série sur les réseau sociaux…

  • 6 MAtt // nov 24, 2009 at 12:46

    Ze question being: Jack Bauer traque-t-il ses ennemis en les followant sur Twitter?

    Pour le film sur Facebook, c’est David Fincher qui s’y attelle…avec Jesse Einseberg dans le rôle de Zuckerberg et Justin Timberlake dans le rôle du mec qui avait fondé Napster. Et Kevin Spacey en tant qu’executive producer.

  • 7 MLB // nov 24, 2009 at 17:14

    Exact, je confonds toujours les deux.Fichtre, pas foutu de lire correctement à l’apéro.

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