Abstrait ≠ Concret

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ROLLAND COURBIS : ENTRETIEN FLEUVE AVEC UN DROLE DE ZIG DU FOOT FRANCAIS

octobre 11th, 2012 · 19 Commentaires · Société

Rolland Courbis est sans aucune forme possible de doute l’un des personnages les plus connus et atypiques du football en France, une discipline ravagée par ce mal contemporain qui veut que la parole soit diluée dans des discours insipides. Dans ce milieu où les mots débités finissent par n’exprimer aucune substance, Courbis détonne, répond sans détour et se pose en archétype du mec fort en gueule qui se fout royalement du qu’en-dira-t-on. Sa science du bon mot et ses qualités de tacticien plus doué que la moyenne en ont d’ailleurs fait un excellent client de la société du spectacle, qui depuis bientôt quinze ans – de Canal + à France 2 en passant par RMC et BFM TV aujourd’hui – n’a plus su se passer de ses services.

Mais comme tout personnage hors du commun, Rolland le minot des quartiers nord de Marseille traîne aussi sa part d’ombre. Est-ce son sens de la débrouille plus aiguisé que la moyenne qui a fini par le conduire en prison pour de sombres histoires financières liées à la gestion de transfert de joueur ? Honnêtement, ce serait se perdre dans bien des conjectures que de prétendre répondre à cette question. Mais pour autant, il serait réducteur et malhonnête de s’arrêter à ces lignes placardées sur la porte d’un casier judiciaire, pour dessiner le portrait de celui que les auditeurs de RMC ont pris l’habitude de surnommer « Coach ».

Régulièrement affublé de manière paresseuse du qualificatif de personnage « pagnolesque », Rolland Courbis est un type plus complexe qu’il n’y paraît, plus sensible sans doute qu’il aimerait le laisser croire. Derrière ce cliché du Marseillais charismatique à grande gueule, la discussion avec le gaillard laisse transparaître un homme attaché à des valeurs simples comme savoir dire « merci », un individu qui nourrit aussi quelques rancœurs à l’égard de ceux – et notamment des journalistes – qui l’ont trahi ou sali pendant qu’il était en détention.

En fait, Rolland Courbis est globalement un type qui en a ras le cul qu’on lui reproche ce qu’on ne reproche pas aux autres, un compétiteur agacé qu’on ne retienne que son absence de palmarès là où il a souvent œuvré pour sauver des clubs de la relégation et réussi des exploits sportifs pas forcément attendus. Pendu en permanence à ses deux téléphones Nokia désuets qu’il ne coupe jamais, « Rolland le différent » est allé au delà de ses réticences initiales pour deux longs moments d’entretien, sans la langue de bois habituelle propre à son milieu de référence.

Vous êtes ce qu’on appelle un ancien minot des quartiers Nord de Marseille. On imagine que vous avez dû apprendre à vous débrouiller assez tôt. Je crois que vous disiez que votre père – ancien policier – n’a pas toujours été très à cheval sur les règles et que votre grand-père était un peu magouilleur. Est-ce que, quand on vient de cet environnement-là, c’est logique d’en arriver au foot ?

On ne va pas commencer à jouer sur les mots, même si on sait que dans certains articles,  un titre peut changer totalement les choses. Alors d’accord, ça fait partie du métier, mais quand on lit l’article ou qu’on remet une phrase dans son contexte, on s’aperçoit souvent que ce n’est pas tout à fait – pour ne pas dire pas du tout – la même chose. Je ne vais pas passer l’entretien à jouer sur les mots et à faire une leçon de français dont je serais incapable. Mais je sais quand même le parler, je sais l’écrire aussi malgré certaines fautes d’orthographe et je sais aussi le comprendre.

Donc déjà, premier rectificatif : à « magouilleur » qui fait penser tout de suite à quelqu’un de malhonnête, je préfèrerais « débrouilleur » ou « débrouillard ». Mon père et mon grand-père étaient « débrouillards ». Et je rajouterai : ils l’étaient comme neuf êtres humains sur dix. Et le dixième, ce n’est pas qu’il est plus honnête que les neuf autres, c’est qu’il est surtout plus con ou moins « débrouilleur » ou « débrouillard ». Quant au football, quant tu vois les difficulté que peuvent avoir les gens autour de toi pour finir les fins de mois, et que tu as eu la chance que quelqu’un là-haut t’ait donné les qualités et le talent pour pouvoir en faire ta profession, tu ne le négliges pas.

Au début des années 90, vous êtes entraineur depuis déjà quelques années. Alors que vous êtes en poste aux Girondins de Bordeaux, vous signez Zidane encore tout jeune. Il se raconte que vous avez un peu rusé pour savoir si Zizou, alors à Cannes, était libre. Vous auriez demandé incidemment au président cannois : « Et Zidane, vous le vendez toujours à Marseille ? » C’est une légende, cette histoire ?

Non, non. Après, je ne sais pas si on peut appeler ça une « ruse ». La seule ruse qu’il y a pu avoir, c’est au cours des discussions, lorsque que j’ai écrasé sous la table un des orteils d’Alain Afflelou (Alors président des Girondins de Bordeaux – ndlr). Mais Alain Afflelou n’a pas réussi dans les affaires par hasard. C’est quelqu’un de très intelligent, de redoutable dans les négociations, en plus d’être connaisseur de sport et notamment de football. Zidane, il le connaissait déjà. Après que je lui ai écrasé l’orteil, il n’y a pas eu besoin de lui faire un discours. Ce n’est pas une astuce que d’écraser l’orteil de quelqu’un. C’est un signal. C’est une info. C’est un rappel, c’est un peu tout en même temps.

Vous avez entrainé beaucoup de clubs français, mais assez peu à l’étranger par contre : deux matchs en Suisse, une saison en Russie, une autre au Qatar. Ça ne vous a jamais trop branché l’étranger ?

Disons que, déjà, je ne suis pas le seul à ne pas m’être « exporté ». Il y a quelques exceptions mais il n’y en a pas beaucoup. À part Arsène (Arsène Wenger, l’entraineur français du club londonien d’Arsenal – ndlr) et peut-être un ou deux autres. Je crois que l’entraineur français, pour « X » raisons, ne s’exporte pas bien. Ça changera peut-être. Me concernant, c’était aussi des challenges compliqués, des challenges qui ressemblaient parfois plus à des piges qu’autre chose. Quand j’accompagne le Niger ou que je file un coup de main à Sion en Suisse, ce n’est pas pour moi un travail, c’est un coup de main que je donne par sympathie, par affection. Et concernant le Niger, à force de lire et d’entendre que je n’accepterais pas d’accompagner une équipe aussi moyenne, de peur de prendre des 5-0 par-ci par-là, avec mon caractère, j’ai eu envie de démontrer le contraire.

Justement, dans un pays comme le Niger qui est au plus mal économiquement, n’est-ce pas « l’enfer » finalement d’être sélectionneur national ? On entend toujours avec l’Afrique qu’il y a ces problèmes de primes…

Ouais mais n’exagérons pas non plus. Le Niger, c’était dans un contexte de Coupe d’Afrique des Nations, un évènement aussi important en Afrique que ce qu’on est en train de vivre en ce moment avec le Championnat d’Europe (cet entretien a été réalisé en juin 2012 – ndlr). Ça se passait au Gabon, à Libreville, dans un endroit qui ressemblait plus à un paradis qu’à un enfer. Durant les huit à quinze jours que j’ai passés à Niamey (la capitale du Niger – ndlr), j’ai été reçu comme un pacha. Alors l’idée que l’on se fait, dans certains cas et certaines occasions ok, mais là, on ne peut pas me mélanger à ceux qui souffrent. Sportivement, c’est sûr que ce n’était pas facile comme challenge, mais humainement j’ai trouvé ça plus sympa qu’autre chose. Maintenant, les commentaires, je m’y habitue un petit peu plus qu’avant, mais je les trouve souvent – pour ne pas dire toujours – « différents » en ce qui me concerne.

On ne peut pas nier qu’en tant qu’entraineur, vous avez un truc un peu particulier, hors du commun. N’importe quel fan de football se souvient par exemple de la victoire 5 à 4 en 1998 contre Montpellier alors que vous entrainiez Marseille. Il y a ce moment assez génial à la mi-temps, alors que vous êtes menés 4 à 0. Vous croisez Loulou Nicollin – le président de Montpellier – et vous lui dîtes : « On va gagner 5 à 4. »

Je lui dis qu’on va gagner 5-4, mais c’est le hasard, c’est un concours de circonstances qui me fait dire ça. Je vois Michel Mézy (le manager général de Montpellier – ndlr) et Louis Nicollin sortir de leurs vestiaires mais eux ne me voient pas. Quand j’arrive, ils sont en train de rigoler comme deux baleines et en me voyant, ils passent d’une tête d’anniversaire ou de mariage à une tête d’enterrement. Je les ai « rassurés » tout de suite et eux me tapaient sur l’épaule comme pour me consoler. Et c’est là que je dis à Loulou : « Mais tu me consoles pour quoi ? On va gagner 5-4 ! ». Et là, avec un petit rictus, il me répond : « Oh t’en serais bien capable ! ». La suite, ce n’est même plus un exploit sportif, c’est un miracle qui ne s’est jamais passé sur un terrain de foot. Ils ont fait des recherches dans tous les pays, c’est un scénario qui n’est jamais arrivé. Il n’y a jamais eu un club ou une équipe nationale qui était mené 4-0 et qui a gagné 5-4. De 3-0 à 4-3, c’est déjà arrivé, mais de 4-0 à 5-4, jamais.

Et vous leur avez dit quoi à vos joueurs, ce soir-là dans le vestiaire ?

Il n’y a pas de truc. Je fais la différence avec un gros exploit sportif qui est possible, mais là, ça frise le miracle. Le seul truc qui m’intéressait à la mi-temps, c’est qu’on gagne la deuxième mi-temps en se disant que c’était un deuxième match et qu’on puisse se dire ensuite que la première mi-temps était un accident. L’exemple que je leur ai donné, c’est la pétanque. Les parties se jouent en treize points mais il arrive que l’équipe qui mène 12-0, perde 13-12 parce que les autres continuent à  y croire. C’est comme le lièvre et la tortue. Et puis après, j’ai rajouté : « Sait-on jamais ? » Mais je n’ai pas fait de long discours, je n’ai pas trouvé de phrases miracles. Si j’avais les phrases qui permettent à une équipe de remonter quatre buts, je ne serais plus un être humain.

Il se raconte aussi qu’à l’époque où vous entrainiez Toulon, il vous arrivait de pousser un peu le bouchon dans la préparation, notamment quand il s’agissait de compliquer la tâche aux adversaires.  Vestiaire chauffé en été, douches froides en hiver, pelouse mal tondue ou trop arrosée, ballons mal gonflés à l’échauffement. Ce sont des trucs qui font le sel d’une équipe ?

Non, ce sont tout simplement des mensonges et une légende. Je suis désolé mais le seul truc qui a pu arriver, c’est qu’on ait laissé la pelouse pousser très haut une fois, pour contrarier le jeu de notre adversaire – Monaco – dans une demi-finale de Coupe de France. Et nous les avons battus 2 à 1 certainement à cause de notre pelouse qui freinait la circulation du ballon. Enfin, « à cause » pour eux, parce qu’on avait une équipe moins bonne. Mais de la même façon, si le match s’était joué chez eux, ils auraient rasé la pelouse et l’auraient même arrosée… Mais quand il s’agit de moi à Toulon, quand je laisse pousser une pelouse, alors ça frise un petit peu la magouille, l’escroquerie. Par contre, une équipe qui est meilleure que la mienne, qui rase sa pelouse et l’arrose avant pour mieux me massacrer, ça c’est de l’intelligence. Les commentaires sont toujours différents. Et ensuite, regarde un peu quand même, il faut être con pour cette histoire des douches. Je ne te mets pas dans le même sac avec ta question mais est-ce que tu ne penses pas que je m’en bats pas les couilles de savoir si l’eau des douches elle va être chaude, tiède ou froide alors que le match est terminé ? À moins que sans que l’on me le dise, les adversaires prennent des douches avant le match. Mais ça, on me l’a caché tout le long de ma carrière alors.

Ça vous énerve que les journalistes aient finalement tendance à ressortir ce genre de trucs en permanence…

Je suis obligé et condamné à m’adapter. Vous savez, cette expression qui m’insupporte, ce « Moi, je peux me regarder dans une glace », et bien moi, je ne sais pas si je peux me regarder dans une glace ; mais quand je me regarde, je me parle tout seul et je me dis à moi et à celui d’en face : « Tu es différent ». Et je n’ai pas dit supérieur, juste « Tu es traité différemment, tu es différent. ». C’est comme ça, faut que je fasse avec.

Mais ça vous agace ?

Bof, je m’y suis tellement fait que je suis surpris quand on me pose une question logique de ne pas être obligé, comme à chaque fois, de rétablir l’équilibre. Dans ces cas-là, je me dis : « Ouh putain, mais ce n’est pas une question pour moi, ça, c’est une question pour le banal entraîneur de Ligue 1 qui dit avant les matchs que « le match va être important et difficile ». » Moi je me dis juste : « Putain, merde, c’est quoi cette question banale, elle n’est pas pour moi, celle-là ! »

C’est salaud pour les collègues.

Pour une partie des collègues, ouais. Mais bon, c’est salaud de dire à quelqu’un qu’il est banal ? Pourquoi je voudrais être un salaud avec quelqu’un qui n’est pas salaud mais qui est banal ? Je constate une banalité chez un banal.

Selon une vieille interview, vos deux grands maîtres entraineurs sont Tomislav Ivic et Mario Zatelli. Vous avez aussi eu l’occasion de beaucoup échanger avec des pointures internationales comme Fabio Capello et Marcello Lippi. Pourtant, paradoxalement, vous n’avez pas de diplôme d’entraineur. Ça n’a jamais été vraiment handicapant, j’imagine ?

Voilà, encore une fois, tu te rends compte que finalement ton article, ce n’est pas un article, c’est un rectificateur – c’est français, ça ? – qui me permet de rectifier. Et puis on s’en fout si ce n’est pas français à partir du moment où les lecteurs comprennent. Premièrement, les diplômes je les ai, mais pas complètement. C’est-à-dire que je n’ai que 80% des diplômes. Je vais m’engager à passer les quelques jours qu’il faut à Clairefontaine (La commune francilienne où se situe l’Institut National du Football – ndlr) pour pouvoir boucler ce dossier. Comme ça, je n’aurai plus de questions, non pas désobligeantes mais inappropriées à la véritable situation. J’ai le diplôme, j’ai le premier degré, j’ai le deuxième degré et le troisième degré, je le passerai prochainement. Parce que présenté comme vous le présentez, c’est comme si je conduisais sans permis, alors que je ne conduis pas sans permis.

Ouais enfin, c’était plutôt une question naïve qu’une attaque de ma part.

Non, elle n’est ni naïve, ni autre chose, elle est habituelle, donc ça me permet de pouvoir y répondre. Par exemple, au lieu de se dire « Tiens, Rolland, il a son diplôme à 80%, mais pour le moment, il n’a pas eu encore le temps ni l’envie, d’aller passer trois semaines à Clairefontaine pour entendre que 1 et 1 font 2, et pour croiser certaines personnes que j’ai vraiment pas envie de croiser », je vais le faire, pour éviter qu’on me repose à nouveau ces questions-là. Mais si on faisait la comparaison avec un pilote, j’ai effectivement le permis pour conduire une Clio, une Mercedes, mais pas la Formule 1 de Monaco. Mais j’ai le permis. Quand arrive la police, je peux montrer quand même mon permis. Je ne conduis pas sans permis. Mais je conduis une voiture qui nécessiterait normalement un permis supérieur pour la conduire. Alors pas de problème, je m’adapte, mais je ne suis pas entraineur sans diplôme. Je n’ai pas le diplôme complètement, ce n’est pas tout à fait pareil. Je ne suis diplômé qu’à 80%. Et j’espère être compétent à 100%. Et donc l’histoire de permis… C’était quoi en fait la question ?

Savoir si ça n’a pas été handicapant de pas avoir de diplôme d’entraineur en fait ?

Évidemment, le côté handicapant, on y a répondu.

En 1999, vous êtes entraineur de l’Olympique de Marseille et vous perdez en finale de Coupe d’Europe contre l’équipe de Parme de Lilian Thuram et Fabio Cannavaro. Quelques temps après la finale, sort cette fameuse vidéo dans laquelle on voit Cannavaro en train de se marrer pendant qu’on lui injecte un produit non identifié en intraveineuse, juste avant le match. Est-ce que ça, ça vous a fait chier ?

Non, l’histoire de Cannavaro m’a surtout fait rire. Dans la vidéo, je pense qu’à ce moment-là, il s’amuse, qu’il est justement ironique par rapport aux attaques qui sont portées sur Parme et d’autres équipes italiennes. À l’époque, on estimait que Parme pouvait être aidée « diététiquement » – on va essayer d’être élégants et courtois. Parme avait une équipe énorme et nous, on avait cinq joueurs importants blessés ou suspendus (Luccin, Gallas, Roy, Dugarry et Ravanelli) pour cette finale et c’était déjà un handicap. Mais quand tu apprends que pour Parme – déjà très fort et au complet – « les boissons et la nourriture » n’étaient pas tout à fait les mêmes que pour nous… Et qu’ils bénéficiaient aussi d’un suivi diététique, appelons-le « particulier », ben on peut quand même avoir les boules. Déjà que je suis mauvais perdant et assez chauvin, si en plus j’apprends ça… Tu dois bien comprendre que je veux bien qu’un rêve tourne au cauchemar mais si en plus, c’est à cause de choses interdites, ben là, j’ai encore plus les boules. Ça fait partie de mes mauvais souvenirs, alors qu’une finale de Coupe UEFA, pour tout entraîneur français, ça devrait faire partie d’un bon souvenir, même en cas de défaite. Quand j’entends qu’une finale est uniquement belle quand on la gagne, que si c’est pour la perdre, il ne vaut mieux pas y aller… Moi je crois que sur un CV, le soir déjà de la demi-finale, quand tu te qualifies pour une finale, tu as une joie que celui qui est éliminé en 32° de finale il n’aura jamais.

Vous semblez assez honnête par rapport au sujet du dopage. Pourtant quand on écoute tout le monde, de Sepp Blatter le président de la FIFA, jusqu’à Vicente Del Bosque, l’entraineur de la sélection espagnol, on a des mecs qui nous disent qu’il n’y aurait pas de dopage dans le foot, notamment parce que ce serait un sport où la technique et la tactique rendrait le dopage inutile. Même s’il y a quelques rares personnes comme le Dr Mondenard qui balancent à mort, pointe les absurdités, l’absence de contrôles efficaces et de moyens mis en œuvre, il y a des cas flagrants.

Mais, tout simplement, parce que j’ai l’impression – et je ne le dis pas pour toi – que certains journalistes, soit ils sont bloqués et ne posent pas les bonnes questions, soit ils le font exprès. A partir du moment où un Sepp Blatter, Mister Univers ou qui tu veux, te répond qu’il n’y a pas de dopage parce que le foot c’est un problème technique, et qu’on se contente d’une réponse comme ça pour dire : « Ah bah Blatter a dit ça, donc c’est qu’il y a pas de « truc » dans le foot », et qu’on rajoute même : « Ah ouais, c’est vrai, le mec qui se dope, c’est pas comme à l’athlétisme »,  je pèse mes mots mais je veux dire, on le fait exprès ou quoi ? Donc si un gars comme Blatter me répond un truc comme ça, moi, en étant journaliste, je me dis que ce n’est pas les bonnes questions et je lui dis : « Monsieur Blatter, votre réponse, j’espère que c’est une plaisanterie ? Parce qu’à valeur égale, deux équipes qui se valent techniquement, c’est quand même celle qui se dope qui sera supérieure à l’autre, qu’est-ce que vous êtes en train de me raconter… » A l’inverse, quand on me dit qu’il y a du dopage dans le vélo, là je réponds: « Oui, mais pour monter l’Alpe d’Huez, même si je me dope, je ne vais pas finir premier de l’étape. » Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’il n’y a pas de dopage dans le cyclisme ? Maintenant, si tout le monde est dopé de la même façon, c’est équilibré. On peut aussi voir les choses comme ça. Mais je ne vois pas pourquoi il peut y avoir du dopage dans les autres sports et pas dans le football ; de la même façon que si on me disait que le football était le sport où il y avait le plus de dopage, je dirais : « Mais tu le sors d’où, ça ? » Ils sont toujours en train de répondre l’envers de ce qui se passe, moi, je passe ma vie à ça. Entre autre. Donc, on a fini avec le dopage ?

On a toujours dit vous avez été agent de joueur.  Au début des années 90, on a beaucoup parlé des histoires de transferts de joueurs (Joseph-Antoine Bell, Bernard Casoni, Pascal Olmeta, Bernard Pardo…) entre l’équipe Toulon, que vous entrainiez alors, et celle de Marseille. Puis entre 1997 et 1999, vous arrivez à Marseille et vous constituez une dream team avec Blanc, Makélélé, Dugarry, Pires, Ravanelli etc. Sauf que ça finit par faire grincer des dents et Noël Le Graët, président de la Ligue de Football à l’époque. Il vous convoque et vous demande de choisir « entre votre métier d’entraîneur et votre métier d’agent ». Pourquoi est-ce qu’il y a eu cette espèce de confusion qui a régné autour de votre nom pendant si longtemps ?

Mais parce qu’on mélange tout. Quand on conseille un joueur et qu’on est proche de lui, on ne va pas jouer sur les mots, on devient conseil du joueur. Or le terme « conseil », on le mélange avec celui d’agent. Quand j’étais à Bordeaux, un garçon intellectuellement « au top » comme Jean-Louis Triaud (le président du club – ndlr), s’est souvenu avoir fait venir Ibrahim Ba pour six millions de francs avant de le transférer quarante-huit millions de francs un an plus tard. Il s’est alors soucié de savoir si je pouvais vouloir une contrepartie sur ce bénéfice. Or il ne me devait rien et j’ai trouvé ça tout à fait sympa. Quand j’arrive dans un club, en général, les joueurs passent à d’une valeur X à Y, parce que bizarrement, ils progressent. Alors s’il y a un président qui veut me faire un « cadeau » sur la plus-value qu’il peut faire directement ou indirectement grâce à moi, au lieu de dire : « Oh là là ! Qu’est-ce que c’est malhonnête, ça », moi je réponds : « Oh là là ! Qu’est-ce que c’est mérité ! Merci président ! » Le problème, il est là. Et d’ailleurs, l’agent de la famille, ce n’est pas moi, c’est mon fils. Il a passé les diplômes et il porte mon nom, avec les avantages et les inconvénients – mais peut-être plus d’avantages que d’inconvénients. Je lui ouvre toutes les portes avec facilité parce que j’ai les connaissances depuis quarante ans dans ce circuit-là. Vous voulez que j’en fasse profiter à qui de ces connaissances ? Au fils de mon ennemi ou à celui du voisin d’en face ? Mais quand c’est moi, ça choque. Personne ne se dit : « Tiens, Rolland Courbis a un fils qui tient la route intellectuellement. Il a eu le bac et a fait des études de droit. Au lieu de devenir avocat ou notaire, il est devenu agent de joueur sur les conseils de son père, afin de pouvoir profiter de sa connaissance footballistique pour conseiller un joueur… » Conseiller un joueur, ce n’est pas uniquement lui prendre des honoraires pour son transfert ; c’est aussi le conseiller individuellement sur ses qualités, sur ses défauts, sur le choix qu’il doit faire à l’heure d’aller dans un contexte plutôt qu’un autre. Et ça je pense que je suis capable de le faire, et même si ça dérange, de bien le faire. Est-ce que ça pose problème quand c’est le fils de Ferguson (Alex Ferguson est l’entraîneur de Manchester United. Vainqueur d’un nombre incalculable de trophées, il est considéré comme l’un des plus grands du football – ndlr) qui est agent comme c’est le cas ? Non, là, c’est très intelligent de la part de Sir Ferguson. Mais quand c’est mon fils qui est agent, là c’est très inquiétant et très soupçonneux. À un certain moment, il faudrait peut-être me lâcher – j’allais être vulgaire –, me lâcher les baskets plutôt que me gonfler une certaine partie de mon anatomie.

Et pour rebondir sur l’idée que l’agent ne serait pas qu’un mec qui va se démerder pour choper une commission sur un transfert, mais qui a vraiment valeur de conseil, est-ce que c’est pas un peu difficile quand on a dix, quinze, vingt ou trente joueurs, d’assurer ce boulot-là ?

Ça c’est leur problème. J’ai l’impression que vous faites allusion à Jean-Pierre Bernès (probablement le plus gros agent français – ndlr) mais vous n’avez même pas prononcé son nom. Je ne sais pas d’où vient cette inquiétude. Jean-Pierre Bernès a monté avec Alain Migliaccio une structure redoutable et redoutée. Elle leur permet d’être en même temps, agents de joueurs internationaux, de joueurs qui deviennent internationaux ou qui l’étaient déjà avant. Alors qu’ils soient en même temps agents de Didier Deschamps, de Laurent Blanc, de Galtier, de Jean Fernandez, de Pierre, Paul ou Jacques et d’en plus  être chapeauté pour l’image par un monstre comme Zizou, mais moi je dis bravo, qu’est-ce que tu veux que je dise d’autre ? Et si les joueurs et les entraineurs acceptent d’avoir cette structure comme agent, eh bien c’est qu’ils en sont contents. Alors ne jouons pas sur les mots, ils en sont contents ou ça les intéresse, je ne sais pas comment il faut dire mais moi je dis bravo. J’ai lu le chiffre d’affaires du duo Bernès-Migliaccio, je dis bravo, qu’est-ce que tu veux que je dise ? Et là, si tout le monde est content de ça, il n’y a aucune raison que moi je ne le sois pas. Pour une fois, je vais dans le sens de tout le monde… Après, si parallèlement à ça, on trouve bizarre que mon fils soit agent, là il faut se mettre à ma place et je demande : « Attendez, je suis privilégié, là, ou quoi ? » Il faut m’expliquer, quand on m’explique, je comprends.

Ces dernières années, vous êtes également devenu un véritable homme de médias bien rôdé. Évidemment, ce sont vos « coups de gueule », votre « franc parler » qui ont fait de vous un « bon client ». Mais au-delà du côté un peu cliché de ces formules, est-ce que c’est grisant de passer de l’autre côté de la barrière qui se dresse entre journalistes et gens du terrain ?

« Coup de gueule », premièrement, je ne sais pas ce que ça veut dire. « Franc parler », je pense savoir, et finalement, je trouve que ça ne veut rien dire. Après, je n’ai pas l’impression d’être de l’autre côté de la barrière puisque je n’ai jamais mis de barrière à personne dans une discussion ou dans une interview. Le plus grand compliment que j’ai à la radio, ce n’est pas quand je rencontre une personne dans la rue qui me dit « Qu’est-ce que je me suis régalé ! Vous avez tellement parlé fort avec votre coup de gueule et votre franc parler, vous m’avez cassé les deux tympans ! » Non, mon compliment numéro un, c’est quand on me dit : « Je vous ai écouté hier. C’est vrai que par moment, vous avez un petit peu monté la voix, mais ce que vous m’avez dit, j’ai trouvé ça pertinent. »

En septembre 2009, alors que vous êtes consultant pour RMC, vous êtes interpellé à la sortie d’un match au Stade Vélodrome à Marseille. Dans la foulée, vous avez été incarcéré [1] pendant cinq mois. Pour des raisons de tranquillité et de santé, vous étiez en cellule d’isolement. Comment vous avez tenu pendant ces cinq mois ?

Je note déjà qu’on a eu la délicatesse et l’élégance de m’arrêter alors qu’on savait très bien où me trouver. À cette époque, je pensais qu’il y avait la possibilité, compte tenu du fait qu’il s’agissait d’un problème fiscal, d’avoir un aménagement avec un bracelet électronique et le redressement fiscal des amendes. Je pensais que ça suffirait. Mais visiblement, la possibilité de me voir en prison a fait plaisir à beaucoup de personnes. Etant d’une nature généreuse quand je fais plaisir, j’en suis ravi. Donc j’ai trouvé que c’était une coïncidence élégante, raffinée, sympa, de m’arrêter un soir de match entre Marseille et Montpellier, deux clubs qui me sont chers.

Je pensais donc pouvoir bénéficier du bracelet électronique et voilà que l’on me met à la prison des Baumettes à Marseille. Après quinze jours, j’ai demandé à être transféré de Marseille à Montpellier. Là, ce n’est pas mon président de club qui a accepté, c’est le directeur de la prison, le procureur. J’ai trouvé ça très sympa puisqu’on n’empêche pas un joueur qui veut partir dans un club. Et là – j’ai entendu le truc – ils n’ont pas empêché un détenu qui le voulait d’être transféré. Alors je leur ai dit : « Finalement, je suis toujours dans l’ambiance du football professionnel». Pour le coup, il ne m’est jamais venu à l’esprit de prolonger mon contrat et j’ai préféré faire le maximum pour que le séjour soit le plus court possible. Mais d’un séjour, paraît-il de deux mois et demi, c’est tout simplement devenu le double, parce que pour des raisons médiatiques, on était inquiets qu’un garçon connu comme Rolland Courbis ne soit pas traité comme monsieur X, Y ou Z qui, sur une même affaire, avaient fait quatre, cinq ou six mois. S’il fallait que je purge toute la peine sans avoir des remises de peine, il faillait me mettre au courant hein ! Je suis traité toujours différemment, un peu plus ou un peu moins. Mais ça ne me dérange pas. Je ne fais ni le martyr, ni la victime, j’explique tout simplement et je mets le doigt sur certaines coïncidences que je trouve extravagantes.

Il y aussi cette histoire en 1996 où vous êtes blessé, au sortir d’un match à Hyères, pendant une fusillade qui coûtera la vie à Dominique Rutily, présumé membre du gang de la Brise de mer. Vous êtes atteint de deux balles je crois.

Non, je n’ai été atteint que d’une balle. Mais vu que c’est moi, c’est devenu deux, voire trois. Si un jour je me suicide, je vais me suicider avec trois balles. C’est comme ça, je m’adapte.

Et est-ce que vous pensez que ça a contribué  – et là je vais reprendre le terme qui fâche – à dessiner votre légende et vous donner une image de mec « magouilleur » ?

Je ne pense pas. D’abord, j’ai l’impression qu’il faut vraiment que j’insiste sur le mot « magouilleur » parce que vous semblez un peu têtu. Sur le mot « magouilleur » donc, j’ai fait la différence entre « magouilleur » et « débrouillard », de la même façon que mon grand-père – qui ne disait pas que des conneries – faisait la différence entre « celui qui ment » et « celui qui exagère pour faire rire ». M’enfin, quand on est d’origine marseillaise, on a vite fait de mélanger les choses. Dominique Rutily était un des nombreux passionnés de foot que j’ai pu connaître. Passionné et compétent dans l’analyse du football, ravi de faire ma connaissance à un certain moment sur un terrain. Je n’ai jamais parlé que de football avec lui. Mais bon, c’est vrai que j’ai peut-être fait une erreur dans les relations que j’ai pu lier avec certaines personnes. Au lieu de ne discuter que de football, j’aurais peut-être dû leur demander si leurs casiers judiciaires étaient vierges. Au final, j’ai donc eu cet ennui malheureux à la sortie d’un match de football. J’étais à quinze mètres de lui, en train de parler de football, quand j’ai pris cette balle perdue, qui a tout de suite été transformée en « deux balles perdues », avec même des commentaires comme « Ils l’ont raté ». Est-ce à dire que j’ai des ennemis qui peuvent aujourd’hui me supprimer la vie ? Sincèrement, je suis fatigué de ces commentaires. C’est un des mauvais souvenirs de ma vie ; je ne souhaite ça à personne.

Mais est-ce que vous pensez que ça a pu vous coûter des opportunités, faire peur à des présidents de club ?

Pas du tout. Un mois après, j’étais de nouveau entraîneur à Bordeaux. Je pense que mon image a été plus ternie par la prison que par cette anecdote dramatique et malheureuse.

Bon et venons-en à l’argent dans le foot. Vous avez commencé à l’OM et vous disiez un jour que si ça n’avait tenu qu’au cœur, vous seriez resté à Marseille toute votre carrière, mais qu’il y a eu des impératifs financiers qui ont fait …

Ce ne sont pas des impératifs financiers. Il y a des cycles, sauf rares exceptions avec Guy Roux (entraîneur qui a passé trente saisons sur le banc de l’AJ Auxerre – ndlr) ou Arsène Wenger.

Non mais là, je parlais de vous en tant que joueur au début de votre carrière, quand vous avez fini par vous dire « Il n’y a pas que le maillot, il faut que je gagne ma vie… » Si je vous parle de ça, c’est qu’on a l’impression que c’est dix fois pire aujourd’hui avec les Nasri ou les Ribéry qui ont cette réputation de mercenaires, pour ne citer qu’eux.

Je pense qu’il faut faire gaffe entre le gars prévoyant et le mercenaire. La ligne entre les deux est très fine, pour ne pas dire invisible. Être conscient très tôt, dès l’âge de 18 ou 19 ans, qu’on fait un métier très court, qu’on va être parachuté dans la vie normale à 32 ou 33 ans en ayant négligé les études par obligation pour devenir un bon footballeur, et que l’on puisse apporter de l’importance au côté financier et même le faire passer par moment avant le côté sportif, une fois de plus, je trouve ça logique.

Le souci, c’est que ce genre de problématique est rarement expliqué. Ou alors on veut faire exprès de ne pas les expliquer. Quand ils parlent du salaire d’un joueur, certains journalistes, pour X raisons – y compris des intérêts personnels – vont présenter la chose de la façon qui les arrange et surtout, qui arrange la personne dont il est question. Mais chacun regarde midi à sa porte. Je ne vais pas juger un journaliste qui défend ses intérêts et présente les choses de différentes façons selon les cas. Les chiffres, on peut en faire ce qu’on veut. Mais si l’on fait ce qu’on veut avec les chiffres, alors qu’on ne s’étonne pas non plus que, de temps en temps, je rectifie.

Je vais vous donner un exemple. Prenons un joueur ou un entraîneur X qui gagne une somme énorme. Je vais donner son salaire en brut, imposable. Je vais donc dire : « Tiens, tel joueur, tel entraineur, il gagne 300 000 euros par mois. ». Mais en vérité, s’il gagne 300 000 euros par mois, tu dois rajouter 50% de charges. Il coûte donc 500 000 euros par mois à son employeur et au final, il ne lui en reste que 140 000 à la fin. Pourquoi, ça, je ne le lis pas ? Alors d’accord, il gagne 140 000 euros pendant cinq ou six ans de sa vie professionnelle. Mais ensuite, il faut qu’il se démerde pour vivre les cinquante années de sa vie qu’il lui reste, s’il arrive à 80 ans. Mais ça non plus je ne le lis pas.

J’ai vu dernièrement le salaire d’un collègue : 500 000 euros nets d’impôts. Ben s’il les gagne, c’est qu’il les mérite et c’est aussi qu’il y a des gens suffisamment fortunés pour les lui donner. Mais là, pourquoi on donne son salaire net d’impôts ? On a honte ? Pourquoi on n’explique pas que sur sa feuille de paie, il y a tout simplement 1 150 000 euros bruts imposables français, qui, après impôts, ne lui laissent effectivement que ses 500 000 euros ? Donc quand on veut exagérer les choses, on le présente médiatiquement en brut imposable et comme ça, la réponse c’est : « Putain il gagne 300 000 euros par jour ! ». Bah non, il gagne bien sa vie mais c’est 140 000 euros qu’il gagne en vérité. Le reste, il en fait cadeau. C’est réparti par-ci, par-là. Alors pourquoi on présente les choses différemment ? Il n’y a rien de plus important pour moi que la présentation des choses.

Les journalistes parfois, ils me posent des questions… J’ai l’impression d’être une mauvaise fréquentation, mais moi, je ne sais même pas d’où il sort le mec qui me parle en face. Je ne sais pas s’il n’est pas un pédophile, je n’en sais rien, je ne veux pas savoir. Je réponds à ses questions mais je ne sais pas s’il n’a pas volé un autoradio, s’il n’a pas pris le sac d’une vieille dans la rue… Mais moi par contre, on veut tout savoir et ensuite c’est déformé, exagéré et rangé toujours de façon… On dit que je suis un « bon client » mais c’est toujours présenté de façon négative. Après, combien de fois c’est arrivé où je dis certaines choses et que le mec en face sorte une phrase de son contexte, afin que le titre fasse « BOOM ! » C’est sûr que si tu reprends la phrase hors de son contexte, finalement… Bref, c’est pénible !

Vous pensez à quelque chose en particulier ?

Dernièrement, c’était un journal sérieux mais qui a l’habitude de bombarder : So Foot. Je lis le descriptif de leur résumé des années toulonnaises. Un jour, on est en stage, six semaines avant le premier match officiel. C’est un stage que j’appelle de « pré-préparation ». Il y a une certaine décontraction, c’est un stage qui fait le transit entre les vacances et la véritable reprise de l’entrainement. Certains pêchent, d’autres jouent aux boules, il y en a qui jouent aux cartes, d’autres qui vont à la piscine et le soir, on va tous boire un coup. Et là, on a un Hollandais super strict niveau discipline, qui lui va se coucher à dix heures. A dix heures cinq, il se pense en infraction. En déconnant, je le chambre : « Eh mais tu crois que t’as signé où ? Ici, c’est interdit d’aller se coucher avant minuit ! ». Je lui dis ça, je le vois boire un verre de lait. Je continue : « Attends là, je crois qu’on t’as pas mis au courant du règlement interne. C’est pastis obligatoire jusqu’à telle heure et whisky le soir ! » Mais si ça ce ne sont pas des boutades, alors j’ai l’impression qu’on me prend pour un con. Et là, dans l’article, voilà qu’on dit pratiquement que j’oblige les joueurs à ne pas aller se coucher avant minuit. Alors là, j’ai envie de dire aux journaliste : « Les gars, vous n’êtes même pas marrants, vous n’êtes plus marrants du tout… » J’adore rigoler, j’adore chambrer, j’accepte de me faire chambrer mais parfois je trouve que c’est quand même très très lourd. Si c’est en plus pour lire à chaque fois un article qui va rappeler aux gens que j’ai fait de la prison, tout simplement pour avoir été sympa – comme c’est le cas avec toi – pour avoir permis à un gars de faire son métier, de faire un article et avec deux ou trois trucs qui sortent un peu de l’ordinaire, alors je demande : « Mais il est où, mon intérêt à moi ? » Il faudrait un petit peu que j’y pense.

Je passe ma vie à être dispo, j’ai compris que le journalisme est un métier difficile et que les mecs comme moi, ça facilite la profession. Le problème, c’est que je me rends disponible et que, derrière, je me fais souvent enculer à vif. Je pense à tous ces articles sur moi pendant que j’étais en cellule et pour lesquels je n’avais même pas la possibilité de me défendre et de rétablir la vérité. Ma disponibilité pendant toutes ces années, elle méritait d’être remercié de façon aussi traître ?  Et après, on veut me donner des leçons de courtoisie, de savoir vivre, d’honnêteté ? Il va falloir quand même qu’on équilibre un petit peu les choses de temps en temps.

Et ça vous touche ce traitement particulier ?

Parfois, je suis partagé entre la déception et la colère. Je me dis que je n’ai pas les renvois d’ascenseur auxquels je pourrais prétendre, compte tenu de ma disponibilité. Et déformer en mal quand je fais des choses bien, ça, je le mérite pas. Quand, par exemple, je vais en finale de coupe UEFA avec un club aussi compliqué que Marseille, que je finis second du championnat à un point du titre avec une trente-huitième journée bizarre et que je lis dans un grand quotidien français, sur une page entière : « Les cinq raisons de l’échec de Rolland Courbis », je me pince et je me dis : « Mais attendez… » Le collègue de profession qui fait une saison pareille, il fait la première page. Moi, je fais une finale de l’UEFA contre une équipe de Parme bizarre, j’ai cinq joueurs importants absents et on me sort « Les cinq raisons de l’échec » ? Ça me fait dire, « Hé, attendez, je suis vice-champion ». Quand je me trompe, ce n’est pas un problème. Moi quand on m’explique les choses, en général, je les comprends. Vice-champion, c’est bien la place de second, c’est ça ? Aux J.O, il y a trois médailles. La place de second, c’est quand même la médaille d’argent. On félicite celui ou celle qui l’a obtenue. Mais si moi j’étais allé un jour aux J.O et que j’avais eu une médaille d’argent, ils m’auraient dit quoi ? Que dans ma discipline, la médaille d’argent, elle n’existait pas ou qu’elle était en terre, en bois, ou en papier ?

Sur vingt et un challenges sportifs en tant qu’entraîneur, j’en ai réussi dix-sept. Alors pourquoi je ne lis jamais un journaliste qui pourrait écrire : « Tiens, réussir dix-sept fois l’objectif présidentiel du début de saison du club qui l’emploie, c’est pas mal ça comme bilan » ? Faire progresser des joueurs neuf fois sur dix, c’est peut-être pas mal ça aussi… Et se maintenir avec Toulon, Ajaccio et tout, c’est peut-être aussi important que terminer dans les cinq premiers avec certaines équipes et certains budgets. Mais moi, ce que j’ai souvent lu c’est « Ouais, mais il a jamais rien gagné. » Ouais mais à Toulon, Ajaccio, Bordeaux, il y a certains challenges que j’ai réussis. Je ne peux pas être champion de France avec Ajaccio en Ligue 2 hein. Je trouve bizarre qu’on présente toujours les choses comme ça. Alors évidemment, c’est peut-être plus commercial mais ça me taquine un peu, il doit bien y avoir une idée derrière ça. Mais c’est comme ça, hein, qu’est-ce que tu veux faire ? Moi, je crois que je ne peux rien y faire.

[1] Le 19 septembre 2009, Rolland Courbis est arrêté et transféré en prison pour purger un an de prison ferme pour complicité d’abus de biens sociaux, recel d’abus de biens sociaux et complicité de faux en écritures privées dans l’affaire des transferts suspects à l’OM, condamnation à laquelle vient s’ajouter une seconde peine qui résulte de sa condamnation, en 1995, à trois ans de prison avec sursis dans une autre affaire concernant le club de Toulon. La condamnation de 2007 a entraîné la révocation partielle de ce sursis et sa conversion en prison ferme. Rolland Courbis effectuera cinq mois en détention.

Par Loïc H. Rechi // Photos : Vincent Desailly

Entretien paru dans le numéro #14 de Snatch Magazine.

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19 réponses pour le moment !? ↓

  • 1 dora // oct 23, 2012 at 18:51

    Interessant! http://30amtl.com/la-trentaine-a-travers-le-temps-et-le-monde/

  • 2 Merve // déc 20, 2012 at 9:10

    Um tecnocrata (seja 1.0, 2.0 ou 3.0 e adtiane) precisaria iniciar um pf3s-doutorado, um poledtico (sempre 0.0, sem vewrsf5es de atualizae7e3o, ne3o existe) precisaria iniciar um estudo de um projeto que comee7aria a ser estudado por uma equipe que precisaria ser composta imediatamente, mas sem data para iniciar, enfim um profissional / ou ne3o objetivo fala justamente da forma que vc colocou aqui Nepf4. Esse mal o Brasil vem sofrendo desde quando ele foi realmente descoberto (isso antes de 1500), quando a coroa protuguesa pensou: caramba estou com uma inovae7e3o, tecnologia, descoberta nas me3os, vou guarde1-la desse mundo globalizado, como uma carta na manga . Foi um dos milhf5es de erros da coroa portuguesa que a fez perder o poder maredtmo para a Espanha, e por aed vai. Mas, voltando ao nosso assunto local, somente os que processam coletivo team essa vise3o, os que processam obscuramente loca, esses se3o os que geralmente este3o nos cargos de decise3o, esses, coitados, se3o response1veis pela defasagem tecnolf3gica. No Governo ente3o a coisa e9 catastrf3fica, alie1s he1 muito se tem tsunamis, terremotos e maremotos altamente destrutedveis dentro do Governo. exemplo geral: na maioria dos f3rge3os pfablicos quem decide sobre informe1tica se3o pessoas que nem de celular entendem, muito menos de computador, alie1s se vc colocar uma me1quina de datilografia eles sere3o exedmios gastadores de papel, re-fazedores de documentos mal trabalhados e escritos. Existem pessoas no governo que fazem igualzinho e0 coroa portuguesa. Tem em estoque computadores comprados em licitae7f5es he1 mais 4 anos e pensam: Vou guardar essa coisa poderosa, nova, cheirando a leite, pra uma ocasie3o em que se aparecer um chefe3o eu tenha uma forma de agrade1-lo . Pios Nepf4, os cheff5es pensam da mesma forma e se acham Preocupa-me essa forma desqualificada, descomprometida, imprf3pria de exercer poder de decise3o, oprimindo, omitindo egoisticamente as coisas (que vc mesmo disse), pensando que assim este3o mantendo seu status qfco (e9 assim que se escreve). E antes que eu me esquee7a: vc acha ruim essa minha forma cmpulsiva impulsiva informacional, que me leva a vir aqui conversar com vc, ou vc adora isso? Abrae7os fraternos .kakakakakakak. O que dizes?

  • 3 cigarette electrique // jan 17, 2013 at 12:28

    eh beh alors l’après courbis??? bonne année 2013, tu as vu il y a un marseillais d’adoption qui pointe son nez à nouveau j’ai nommé Mr Bernard Tapie, qué di?

  • 4 cigarette electrique // jan 17, 2013 at 12:29

    eh beh alors l’après courbis??? bonne année 2013, tu as vu il y a un marseillais d’adoption qui pointe son nez à nouveau j’ai nommé Mr Bernard Tapie, alors qué di?

  • 5 willycat // fév 10, 2013 at 16:07

    Pub !

  • 6 Ne pas cliquer (reverse psychology) // mar 15, 2013 at 18:17

    Un drôle de zig. Qui a surtout un drôle de zob.

    (hommage à Apostrophe, l’émission)

  • 7 ashton // avr 27, 2013 at 3:38

    pipipipiiiiiiiii
    this is a spam comment

  • 8 Al hyène // mai 15, 2013 at 23:22

    N’empeche qu’il a fait quand même du bon boulot aussi ;)

  • 9 Al hyène // mai 15, 2013 at 23:23

    N’empeche qu’il à fait du bon boulot aussi :)

  • 10 Boudemia // juin 29, 2013 at 15:21

    J’aime votre site,vous pouvez jeter un cou d’oeil sur mon blog et donnez votre avis : Message d’amour on pourra faire un echange de lien.

  • 11 comment allonger son pénis en 10 leçons // juil 11, 2013 at 19:19

    Dommage qu’il soit le seul dans le football ! Chapeau l’artiste!

  • 12 comment agrandir son pénis en 1 semaine // juil 11, 2013 at 19:22

    Chapeau l’artiste! Dommage qu’il soit le seul comme lui dans le foot

  • 13 Comment allonger popol // juil 11, 2013 at 19:24

    Chapeau l’artiste!

  • 14 citation d'amour blog // oct 21, 2013 at 0:09

    le succès des alliés

  • 15 black Spider // déc 9, 2013 at 10:35

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  • 16 Karl // déc 9, 2013 at 20:40

    A quand un prochain article de ce super blog??????? ca fait 1 an que j’attends….. #jairiendautreafoutrequedecheckerunvieublog

  • 17 kronika // jan 29, 2014 at 22:20

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  • 18 kronika // jan 29, 2014 at 22:20

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  • 19 Gaston Marietherese // fév 17, 2014 at 11:36

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